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    La "bouffe" aussi peut être éducative

    Premier restaurant d'enfants en milieu rural

  • La cantine ! odeurs de fritures, petits suisses qui volent, hurlements du surveillant, gamelles .... La cantine, petite sœur du réfectoire militaire, n'offusquait personne. Jusqu'en 1963 où apparaissait le premier restaurant d'enfants en milieu rural.

    La notion de restaurants d'enfants est apparu d'abord en milieu urbain. Une fédération des restaurants d'enfants naissait en 1960, rattachée à la ligue de l'enseignement.

    C'est en 1963, dans un petit village du Beaujolais (LANTIGNIE) â l'instigation d'un couple d'instituteurs débutants, qu'une antique cantine était transformée en "restaurant d'enfants", premier en date dans le milieu rural.

    Jusque là les enfants et les instituteurs subissaient sans broncher ce qu'on peut bien appeler "l'horreur de la cantine". Grande table en bois autour de laquelle se tassaient les enfants assis sur des bancs, grande gamelles en fer blanc d'où une "cantinière", parfois à peine plus affable que ses homologues militaires, extirpait les obligatoires louches de soupe dans les assiettes tout aussi obligatoirement tendues. Bruit. Bousculades. Purée confectionnée avec les pommes de terre apportées par les parents, morue et épinards. Dégringolades dans les escaliers puis gardiennage dans la cour en attendant de retourner user ses culottes sur les bancs de la classe cette fois.

    Et pourtant tout le monde savait ou au moins se doutait que le moment du repas était un moment clef de la vie de l'enfant, autant pour sa santé que pour sa construction psychologique, affective et sociale. Ce premier restaurant prenait donc en compte l'agencement de l'espace (salle coupée par des murets et de la verdure, petites tables de 4, chaises adaptées...), la qualité et la présentation des repas, l'aménagement de l'interclasse. Si bien que les enfants, considérés et respectés comme des adultes, n'étaient plus obligés de rentrer ensemble et en rang, pouvaient sortir comme les clients des restaurants ordinaires quand ils avaient fini de manger, se servaient, se faisaient passer les plats comme les grands, prenaient tout leur temps, pouvaient après le restaurant aller lire, écouter de la musique, se reposer, se promener... Une véritable révolution dans ce petit village.

    Très rapidement, sous l'impulsion d'un autre instituteur détaché auprès du Rectorat de Lyon pour se consacrer à la transformation des cantines (on n'arrive même pas à imaginer que ce soit possible aujourd'hui !), la plupart des cantines du Beaujolais allaient devenir elles aussi de véritables restaurants.

    En 1964, dans le même petit village, la totalité des maires, des directeurs d'écoles de la région se retrouvaient pour se pencher sur le cas des "cantinières", sans statut professionnel, sans formation, mal payées par des associations sans moyens. Et des formations pour "cuisinières de restaurant d'enfants "étaient organisées.

    1998.... Je passais l'autre jour sous les fenêtres d'une... cantine. Heureusement que c'étaient des enfants qui hurlaient ainsi, car, cela aurait été des gorets, j'aurais immédiatement téléphoné à la SPA.

    La Fédération des Restaurants d'Enfants a disparu. Dans quelques académies un inspecteur a bien parmi ses fonctions une attribution "restaurants scolaires ", peut-être touche-t-il même une indemnité .., mais la "bouffe des enfants " et le temps du repas ne semblent plus intéresser personne sauf pour vérifier si elle est bien conforme à des normes qui éviteront qu'une responsabilité quelconque ne retombe sur le dos d'un fonctionnaire.

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