Une autre notion de"l'ordre"
Le réveil individuel chez les CEMEA
Début des années 60, une véritable révolution passée inaperçue : Dans les colonies de vacances CEMEA (Centres d'Entraînement aux Méthodes d'Éducation Active), on instaure le "réveil individuel ". Jusque là, dans toutes les colonies, jusqu'à 8 heures c'est le silence complet dans les dortoirs. Pas question pour un enfant d'ouvrir l'il de mettre un pied par terre ou de tailler la causette avec un voisin de lit avant l'heure officielle. Quant au plaisir d'une grasse matinée ou tout simplement au besoin de dormir différent des autres. pas question non plus. Les aiguilles de la montre du moniteur réglaient l'ouverture des paupières, puis la sacro-sainte toilette, la descente au petit déjeuner le retour pour faire lits et chambres nickel. Avec une centaine d'enfants ou plus, il ne semblait pas possible de faire autrement pour la tranquillité (le la maison et de son personnel, la sécurité de tous. était le gage d'une bonne vie collective.
Et voilà que les CEMEA inventent le réveil individuel. Chaque enfant pouvait se lever quand il voulait ou presque, déjeuner quand il le voulait ou presque, se laver avant ou après... bref; comme quelqu'un en vacances.
"Cela va être une pagaille pas possible, "ils" vont s'entretue,r il y en aura partout, il .v aura des accidents, le personnel de service n'arrivera pas û assurer ce qui. sera un surcroît de travail etc......"
Pour tout éducateur "`responsable", c'était une folie.
Et bien pas du tout, cela a été le contraire : On a vu des centres de vacances trouver une étonnante tranquillité, des enfants détendus, un personnel non stressé et ayant bien plus... de temps. A 6 heures du matin on pouvait trouver un amoureux de la nature de 6 ou 7 ans profiter béatement du lever du soleil et de la rosée, un autre jouissant du calme absolu de la salle de lecture, d'autres pouvant se raconter leurs rêves sans que personne ne les ennuie... Le petit déjeuner devenait un plaisir quand on peut déguster la grosse tartine et sa lampée de cacao avec tout son temps et 3 ou 4 copains seulement pour partager tout cela. Et quel plaisir de pouvoir ronfler jusqu'à 10 heures sans être bouté hors des couvertures.
Cette mirai-révolution est plus importante qu'on ne l'imagine. Elle démontrait que l'on avait confondu ordre avec organisation, cru que seul l'ordre assurait la tranquillité, considéré les enfants comme des moutons. Elle démontrait qu'un groupe était un ensemble vivant, créant sa propre autonomie et que c'était à partir de cela qu'un milieu devenait éducatif, facilement éducatif.
Mais la leçon n'a pas dû être entendue près de 40 ans plus tard. On continue de croire par exemple que seule la rentrée simultanée et en rang empêche le désordre et assure la sécurité dans un établissement scolaire. Quand va-t-on comprendre que les enfants, les adolescents peuvent être considérés comme autre chose que des moutons ?
* L'enseignant que nous avons pris comme référence a participé à cette aventure qui a beaucoup influencé ses pratiques.