LES ÉCOLES PARALLÈLES,
LES COMMUNAUTÉS...
Transformer le système éducatif de l'intérieur comme transformer l'économie ou la hiérarchie sociale a paru pour beaucoup comme impossible. D'où le mouvement underground qui s'est particulièrement développé aux Etats-Unis : circuits économiques, culturels, sociaux... parallèles. Puisqu'on ne peut faire avec, faisons à côté. L'idée étant que ces circuits, se développant de façon souterraine, un jour, supplanteraient sans violence les structures socio-économiques contre lesquelles on luttait en vain.
La critique essentielle portée sur les mouvements pédagogiques était que les idées et pratiques qu'ils défendaient étaient nécessairement récupérées et dénaturées par le système lui-même qu'elles ne pouvaient que contribuer à perpétrer. Rester dans l'école institutionnelle ? créer d'autres écoles ? déscolariser totalement ? Le débat a été vif.
Et cela a été la floraison d'un bon nombre d'écoles dites parallèles (ou alternatives) qui n'étaient en quelque sorte que des écoles privées gérées par les parents et les enseignants, comportant souvent un internat et dans lesquelles les adultes tentaient de vivre et faire vivre les enfants en cohérence avec leurs idées.
Très peu ont résisté longtemps. Outre les problèmes financiers auxquels elles se sont heurtées, ce sont surtout les contradictions multiples qu'elles avaient à assumer qui les ont fait disparaître (1) : finalement les parents demandaient aux enseignants d'être à la fois l'ami, le frère, le père, le psy... et le maître... et le gestionnaire. Les parents étaient des... clients d'abord ! Ils arrivaient parfois à être moins libres que dans l'enseignement public et ce sont souvent eux qui ont craqué les premiers.
L'autre démarche a été celle de la déscolarisation. La loi du 28 mars 1882 est décortiquée : l'instruction est obligatoire mais pas l'école. Cette déscolarisation, beaucoup l'ont tenté, soit de façon isolée, soit dans les quartiers soit bien sûr dans les communautés post soixantehuitardes à caractère plus ou moins hippie. Si la déscolarisation n'a pas tout à fait disparu aujourd'hui, elle reste rare tout simplement parce qu'elle n'est pas facile à assumer, même par ceux qui y croient. Elle nécessite une façon de vivre qui soit en cohérence avec le développement éducatif que l'on veut pour l'enfant sans pour autant se couper et le couper du monde qui l'entoure.
Quant aux expériences des communautés où tout était remis en question en particulier le couple, la famille, les relations affectives et sexuelles, les enfants (comme les adultes) ont dû faire face à une déstructuration immense qui n'a pas souvent permis l'épanouissement auxquels tous aspiraient. D'ailleurs, dans l'étonnante expérience de squat communautaire de "CHRISTIANA" à Copenhague (qui existe toujours), on a créé... des écoles !
Cette envie de mieux-être pour soi-même et ses enfants qui a provoqué et justifié toutes ces tentatives n'est pas morte pour autant après les années 70. On la retrouve aujourd'hui par exemple dans le nombre de plus en plus grand de parents qui recherchent d'abord un village avec une... classe unique ou une école freinet pour venir s'y installer. Les changements tentés sont peut-être moins radicaux, plus tranquilles ou plus... matures. Le vent qui a soufflé n'a pas forcément été stérile.
(1) Certaines ont subsisté comme "L'École en bateau'' ou "La Source"