sommaire années 60-70

ET LES MOUVEMENTS PÉDAGOGIQUES ?

Début d'un déclin ?

La principale force de contestation et de propositions actives et concrètes, les mouvements pédagogiques, s'est institutionnalisée, s'est étiolée jusqu'à perdre le rôle moteur qu'elle avait jusqu'alors.

L'après-soixante-huit aurait dû être la grande période des mouvements pédagogiques. Les slogans de la rue correspondaient globalement à ce qu'ils défendaient depuis des décennies. Les auteurs, penseurs de 1 époque enfonçaient des portes qu'ils avaient déjà ouvertes. Une bonne partie de leurs idées ou de leurs pratiques était officiellement reprise, codifiées en long et en large par l'Institution, même si au passage elles étaient quelque peu dénaturées. Leurs militants pouvaient faire la classe à leur manière en étant "couverts" par des textes. Malgré cela, on peut dire qu'au contraire ces années marquent leur déclin.

Tout d'abord le "gauchisme" de ces années les a étonnamment plutôt marginalisés : Travailler dans l'Institution n'était pas "révolutionnaire ". On l'a vu dans les articles précédents, la mode étant à la "déscolarisation" ceux qui voulaient transformer l'école de l'intérieur et dans le cadre des instructions faisaient figure "d'alliés" légitimant un appareil considéré comme néfaste.

D'autre part, on pouvait trouver ailleurs que chez eux et en s'impliquant dans les réformes mêmes de l'EN matière à innover (tiers-temps, maths modernes ...).

Enfin, le principal d'entre eux l'ICEM (Institut Pédagogique de l'École Moderne - pédagogie Freinet -) souffrait de la mort de FREINET (1966) se retrouvant en quelque sorte orphelin.

Pourtant leurs congrès du début des années 70 faisaient le plein ( 1500 personnes au congrès ICEM d'Aix en Provence en 1972). Mais c'est un peu à partir de cette époque que, s'arc-boutant sur un passé d'une richesse inouïe, les uns et les autres cessaient d'aller de l'avant et devenaient d'un conservatisme plutôt frileux. Cette frilosité était aussi accentuée par une certaine reconnaissance de l'Institution : Ils obtenaient des "mises à disposition" qui nécessitaient une relative collaboration et certains comme les CEMEA (Centres d'Entraînements aux Méthodes d'Éducation Actives) devenaient d'énormes machines de formation officielle, plus prestataires de services que mouvements pédagogiques. Dans l'ensemble ils devenaient des Institutions avec tous les défauts qu'ils dénonçaient avant.

L'ICEM met 3 ans (75 à 78) pour réaliser et publier "Le Projet d'École Populaire ", texte d'autant plus unitaire qu'il ne donna même pas lieu à un vote lors du Congrès de Nantes (1978). Cet extrait de la déclaration de principe a au moins le mérite de déblayer le terrain de la critique scolaire : "Nous ne saurions nous contenter d'un déplacement des barrières ,formelles telles que la majorité civile, électorale, juridique, sexuelle. Nous refusons qu'à une étape quelconque 1 de leur vie, les enfants soient enfermés dans un statut de mineur. Nous posons en préalable qu'ils ne sont à aucun moment des objets que les adultes ont le droit de façonner manipule; asservir à la mesure de leur désir; ou de leur propre asservissement pas plus qu'ils n'ont le droit de les soumettre à des impératifs politiques et économiques qu'il serait interdit de remettre en question. "

Mais l'ensemble des organisations pédagogiques, au-delà des déclarations se sclérosent ou se perdent dans leur propre institutionnalisation. CEMEA, GFEN et ICEM réussissent quand même à signer une plate-forme commune et se retrouvent dans un organisme semi-officiel : le CLIMOPE qui se partage les décharges ou mises à disposition octroyées par le ministère.

Pourtant deux nouveaux courants sont nés au cours de ces 2 décennies, courants qui auraient pu permettre à ces mouvements historiques de continuer à être les fers de lance de la transformation de l'école et dont on trouve aujourd'hui les prolongements dans de nouvelles propositions comme les réseaux réciproques d'échanges et de savoir, les arbres de connaissances ou les réseaux de communication. Il s'agit de la `pédagogie institutionnelle" et des "circuits de correspondance naturelle" qui ont donné naissance à la `pédagogie de la structure et de la communication " ou "l'école de Sème type" très souvent cités dans ces colonnes. Nés tous deux au sein du mouvement Freinet, celui-ci n'a su les intégrer pour se revivifier. Le premier a constitué une autre organisation plus ou moins séparée, le second a carrément été ignoré et ses idées se retrouvent en partie aujourd'hui dans les CREPSC (voir encadrés).

Pendant longtemps la rénovation pédagogique à l'intérieur de l'école ne se trouvait que dans les mouvements pédagogiques. Il y avait nécessité pour tous ceux qui voulaient changer leurs pratiques de se retrouver dans ces îlots. La reconnaissance d'une partie de leurs idées dans les années 70 a donc plutôt provoqué un réflexe de fermeture, de "chapelle" d'autant moins justifié que leurs pratiques pouvaient être moins clandestines, ouvertes à un plus grand nombre. Les "innovateurs "ont eu tendance à partir ou à se retrouver ailleurs. L'ICEM (Institut Coopératif de ]'École Moderne créé par Freinet) est toujours marqué par ces départs et ces déchirements perpétuels Et cet immobilisme a probablement contribué à l'immobilisme de l'ensemble du système lorsque les expériences plus extrémistes se sont avérées sans lendemain. La principale force de contestation active et concrète a en partie disparu.

 NB : Depuis l'écriture de ce texte (98), les mouvements pédagogiques et en particulier le mouvemengt Freinet (ICEM) semblent reprendre vigueur . Si l'on ne peut pas dire qu'ils constituent une force de contestation, ils trouvent cependant une certaine reconnaissance, à la fois des Institutions et des enseignants qui cherchent des solutions immédiates.

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