sommaire années 60-70

LES RÉPUBLIQUES D'ENFANTS

La Ruche de Sébastien FAURE à la fin du XIX siècle, l'école de MAKARENKO en 1920, la première commune libre italienne de 1925, préfiguraient entre autres cette idée d'éducation globale dans des groupes d'enfants et d'adultes vivant l'autogestion de façon continue. Comme les écoles parallèles elles se sont heurtées à de nombreux problèmes en particulier le problème financier et n'ont pas survécu. En 75 naissait une association dont le but était de développer les "Républiques d'Enfants" : L'A.N.C.R.E. (Association Nationale pour la Création de Républiques d'Enfants). S'inspirant des idées de MANDEL et de Christiane ROCHEFORT, les militants de l'ANCRE considéraient que les principes décrits ne pouvaient être appliqués dans les structures existantes. Ils développaient l'idée de Républiques d'enfants. Ces "Républiques" voulaient aller plus loin que les écoles parallèles et être de véritables communautés de vie : ouverture toute l'année, autogestion réelle avec participation des enfants à tous les niveaux, y compris la gestion, l'autofinancement (artisanat, spectacles, agriculture...), enseignement à la carte librement accepté ou refusé, autonomie personnelle (départ libre).

La première "République d'Enfants" fut celle réalisée par Janus KORCZAK dans son orphelinat pour enfants juifs de Varsovie. On retrouve quelques ressemblances dans les lycées autogérés de Gabriel COHN-BENDIT (1982) ou l'expérience de NEIL à SUMMERHILL.

Aucune de 2 ou 3 républiques constituées n'a survécu plus de 2 ans et l'ANCRE a disparu. L'utopie réalisée brutalement sans transition s'est heurtée à tous les problèmes de société dans laquelle elle était incluse.

La République d'enfants de Saintonge

Extraits d'une note de fonctionnement

Lieu et conditions d'hébergement

La maison est une ancienne ferme, proche d'un village, à une cinquantaine de km de la mer. L'importante superficie au sol permet d'envisager (après aménagements en cours) des ateliers, des salles communes, voire même des chambres particulières en nombre suffisant pour accueillir une vingtaine de permanents.

Vie du groupe

L'organe essentiel d'une République d'Enfants est son Assemblée plénière, composée des enfants et des adultes qui y vivent; chacun y a droit de vote quelque soit son âge Cette assemblée a tout pouvoir. De même qu'ils prennent part à toutes les décisions, les enfants partagent (en fonction de leur âge et de leurs possibilités) les tâches communes au même titre que les adultes. Ceux qui vivent ici sont bénévoles: ils sont pris en charge par le groupe dans la mesure des ressources. Afin de pouvoir augmenter celles-ci, et de pouvoir accueillir des enfants de tous milieux, i1 est nécessaire que nous parvenions à l'autofinancement. Pendant un certain temps, il est cependant indispensable de demander aux parents une participation dont le montant varie en fonction des ressources de la famille.

Vie scolaire

Ni une "école", ni un pensionnat. C'est un lieu de vie global, ouvert toute l'année, Ici, l'enfant apprend â son rythme. Par un enseignement â la carte, librement accepté ou refusé, nous entendons privilégier le goût de la création, l'esprit d'entreprise et d'initiative, le sens des responsabilités. Priorité à la recherche personnelle, suppression du rôle magistral de l'adulte : celui qui a des connaissances précises dans un domaine -enfant ou adulte - les communique à ceux qui s'y intéressent. En ce qui concerne l'instruction obligatoire (nécessaire pour percevoir les diverses allocations) nous avons adopté la formule du préceptorat : un adulte a deux enfants sous sa responsabilité. En plus du contenu habituel de l'enseignement, l'enfant peut, s'il le désire, s'initier aux activités manuelles et artistiques de son choix.

Condition d'admission des enfants

L'enfant doit pouvoir trouver sa place au sein du groupe et participer à la vie commune (après une période d'adaptation). II est donc nécessaire qu'il vienne de son plein gré et surtout qu'il choisisse de rester. En aucun cas, même si les parents le désirent, nous ne garderons un enfant contre sa volonté. LA SEULE CONDITION EST DONC SON ADAPTATION AU GROUPE DANS LEQUEL II. VIVRA. (il est préférable que l'enfant profite d'une période de vacances scolaires pour prendra un premier contact avant engagement à long terme).

Janus KORCZAC

L'oeuvre de sa vie fut son orphelinat pour enfants juifs à Varsovie. Une des "Républiques" que le "bon docteur" a maintenu en vie de 1911 à 1942 jusqu'à ce qu'il soit transféré et exterminé à Treblinka par les nazis. Ses écrits "Le roi Mathias Premier", "L'enfant de la rue" et "Comment aimer un enfant" (ed Laffont) sont parmi les plus lus des années 70. Beaucoup de bonnes intentions (l'amour pédagogique) et d'idées avancées (L'enfance, classe opprimée).

La vie quotidienne de la "maison de l'orphelin" est minutieusement réglée dans les moindres détails, noviciat, volontariat généralisé et un tribunal pour régler les conflits et sanctionner les infractions selon un code de plus de 100 articles amoureusement peaufiné.

Alain BULHER, dans une bibliographie romancée de KORCZAK ("L'adieu aux enfants" ed Olivier Orban) cite un article rédigé par des grands" de l'orphelinat :

Nous aimons tous notre vieux docteur, si bon, si doux... Mais se rend-il compte qu'il masque de sa gentillesse un système social pourri dans lequel nous sommes destinés à être des prolétaires bien élevés, sachant rester à notre juste place, respectueux des valeurs établies ?"

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