Le terrain vague, terrain éducatif
LES TERRAINS D'aventuresS
L'expérience des terrains d'aventures dans les banlieues. Le terrain vague passait de l'image de terrain de délinquance à celle de terrain éducatif.
Alors qu'aujourd'hui le monde éducatif est condamné aux objets en plastique, standardisés et identiques pour tous, aux espaces complètement aseptisés par hantise, non pas du risque d'accident mais du risque de responsabilité, les années 70 ont été celles de l'appropriation de l'espace, de sa création autonome par les enfants. Déjà à l'époque il fallait se battre contre pas mal d'idées reçues et même pas mal d'intérêt.
Peu à peu les quelques terrains d'aventuress créés ont disparu. Pourquoi ? Trop dangereux ou trop.. subversif ? Ou tout simplement trop simples ? On voit mal aujourd'hui un espace de ce type avoir une existence légale.
Extrait du catalogue des ressources, ed alternatives, 1974
Chez nous, en France, le gosse un peu libre, un peu démerdard, pas trop pasteurisé quoi, ça a une existence légale depuis quatre petites années. Officiellement c'est en effet en 1972 que le premier terrain pour l'aventures voyait le jour. Les Danois eux y avaient pensé en 1943. Les Anglais, cela fait plus de 20 ans qu'ils connaissent les TA. Rien qu'à Londres, il existe 300 terrains à l'heure actuelle.
C'est quoi au fait un terrain pour l'aventures ? Un terrain vague institutionnalisé en quelque sorte. Une palissade autour de 1 500 à 6 000 m2, des gosses que 2 ou 3 animateurs laissent à peu près totalement libres de leurs mouvements. Mieux, ils leurs filent du matériel et des outils pour qu'ils construisent cabanes ou autres réves que le béton de nos cités n'a pas étouffé. Les enfants (de 4 à 16 ans en gros) peuvent même faire du feu.
Chacun peut venir en toute liberté construire, détruire, jouer, créer. Aucun programme n'est fixé, aucune pédagogie imposée. Chacun s'approprie un bout de terrain, en fait ce qu'il; désire, malaxe la terre...
C'est tout le contraire des appartements aseptisés où un maigre coin de jeu est parfois réservé aux mômes qu'il faut le plus souvent ranger avant de se coucher. Le contraire aussi de ces jouets d'une fragilité dingue qu'on n'ose à peine toucher. Sans parler de ces tristes toboggans (on grimpe, on glisse, on grimpe, on glisse) et de ses minables bacs à sable (interdit de retirer le sable, ça fait sale).
Je disais au début qu'ils laissaient les enfants à peu près totalement libres. Le seul contrôle qu'ils exercent c'est la sécurité et sur 1e matériel qu'ils fournissent. Cela ne veut pas dire qu' ne font rien. Loin s'en faut. La relations avec le voisinage sont en effet d'une très grande importance. Généralement une certaine hostilité est perceptible dans un quartier lorsqu'un terrain d'aventuress est ouvert. ( "C'est la zone ", "Ils se touchent dans les cabanes " etc.). Les animateurs ont pour rôle (entre autres) d'intégrer le T.A. à la vie du quartier. Les parents viennent parfois bricoler sur le terrain, discuter avec les animateurs. Peut-être ainsi retrouver un parfum de terrain vague d'antan.
Bien entendu toute une vie s'élabore sur le terrain. Laissés à eux-mêmes 1es enfants doivent réinventer les rapports entre eux. Les groupes se font et se défont. Quelques cognes mais aussi des réconciliations, des petits chefs qui se font déboulonner. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les enfants ne singent pas systématiquement le monde des adultes. Les maisons assez délirantes que certains bâtissent le démontrent.
Alors, c'est le pied, la formule idéale ? Ben vous savez il y a des monstres adipeux nommés promoteurs qui rôdent dans les parages. Et entre l'épanouissement de 100 enfants et les dizaines de millions qu'ils se fourreront dans les poches en édifiant un grand zizi plein de bureaux inoccupés, ils n'hésitent pas longtemps. Alors les terrains d'aventuress ont bien souvent une existence temporaire. Surtout que, comme par hasard, ils sont placés dans des quartiers populaires (le terrain de jeux des pauvres dit-on très souvent). On peut penser aussi que c'est une méthode très habile pour se débarrasser à bas prix du problème des loisirs. Mais rien que parce que les T.A. sont un des seuls endroits où nos gosses peuvent s'approprier un espace, le modeler selon leur tempérament, le seul endroit où ils puissent dire "merde" à la ville, il faut se battre pour réclamer DES TERRAINS POUR L'aventures"
B. Vergnes, P. Kling, M-C Guérant
(éd Maspéro) Le sous-titre résume assez bien le
livre : "Pratique antiautoritaire de l'animation des
loisirs en milieu urbain". C'est le bilan de deux
année; d'existence d'un terrain pour l'aventures
situé sous les tours du New-York de Paris (La
Défense), à Courbevois. Deux années
"incroyablement riche: d'enseignements, de
découvertes sur la relation que
l'enfant établit avec le milieu, la
façon dont il s'approprie l'espace et
l'organise". L'espace, le mot revient constamment dans
les 13 subdivisions du premie chapitre (Le territoire).
La relation de cet espace avec l'enfant es
remarquablement analysée dans ce livre. Tout le
travail actuel de; CREPSC par rapport à l'importance
capitale de l'espace et à son appropriation dans tout
milieu éducatif se situe bien dans la même
ligne. "Sur te terrain vague, en
délimitant leur territoire, les enfants donnent
l'espace sa dimension sociale fondamentale
d'échanges, de rencontres absente de la ville
éclatée, parcellaire,
ségrégative. Le terrain pour l'aventures
garantit un libre usage de l'espace en apportant les
instruments nécessaires à son exploration,
à sa structuration, à une relation
créatrice avec le milieu. II faut se battre
pour qu'il fasse partie des espace essentiels à
dégager ou à garder libres ; qu'il
ne soit plus relégué dans les "poubelles
d'espaces" que sont les terrains provisoirement vagues.
Occuper des terrains en attente de construction sera un
choix de misère une solution de secours aussi
longtemps que l'école, les centres de loisir propres
et respectables, les aires de jeux aseptisées et la
ville autoritaire ne laisseront pas la place aux jeux de
l'enfant. (....). Ouvrir un terrain pour l'aventures, c'est
aussi aller à contre-courant d'une ignorance, d'une
absence d'intérêt
généralisé pour l'espace conçu
que comme marchandise, source de profit." 57 Bd Catherine P. London SW
E6EY A partir de 1950, "London Adventure Play
Ground Association" publiait la liste des terrains
d'aventures à Londres et des brochures expliquaient
en détail comment en démarrer un. "Un terrain d'aventures est un terrain
entouré de barrières, placé sous la
responsabilité d'un groupe et
généralement ouvert en dehors des heures de
classes. Les enfants qui y viennent (l'entrée est
libre dans tous les sens du terme) peuvent y construire tout
ce qu'ils veulent avec l'aide, s'ils le désirent,
d'adultes. Ceux-ci fournissent le bois, les tôles, les
marteaux, les clous... (...) Lorsque j'ai accompagné
un groupe d'enfants (3 à 5 ans) sur un terrain
d'aventures dans Islington (quartier nord de Londres),
quelques-uns se sont précipités surf l'immense
toboggan improvisé avec des morceaux de tôles.
Une petite fille a passé l'après-midi à
se balancer en tournant doucement, accrochée à
un pnue pendu au bout d'une immense corde. Cela semblait
assez "défonçant" ! Deux frères et
soeurs venant du Bangladesh ont joué à la
voiture dans une vieille carcasse. pendant ce temps un autre
groupe réfugié dans un bâtiment enfilait
des pâtes toriques sur des fils de laine tandis qu'une
petite fille apprenait à travailler
l'argile. Le terrain de jeux adjacent, construit
par la municipalité, semblait très propre
à côté du terrain d'aventuress : couvert
de ciment, avec des toboggans traditionnels et de belles
balançoires conçues par des adultes. Un vrai
paradis pour enfants... mais complètement
désert ! Des associations se chargent de
trouver des sources de financement et semblent être
efficaces. Londres compte une soixantaine de terrains
d'aventuress." Articla paru dans "Contacts-Education"
n°1 - avril 1973
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années 60-70