Co-éduquer, vous avez dit « co-éduquer » ?

 

Co-éducation. C’était le thème de l’Assemblée Générale de l’ACEPP[i]. Sous l’expression « implication des parents dans les lieux d’accueil », c’était un thème approchant du forum de l’ARPPE[ii]. Un peu partout, dans les commissions de tous ordres où l’on pense, se penche, cogite, sur ce qui ne va pas dans notre société, le « parent éducateur » fait l’objet de toutes les critiques comme de toutes les sollicitations.

On n’a jamais tant parlé d’éducation qu’en ce début de siècle… Comme tout ce qui est institutionnel, dispose d’un pouvoir, d’un titre,  ne s’est jamais autant défaussé sur l’individu, proclamé à cette occasion « citoyen », d’une fonction qu’il s’était appropriée au nom de la raison d’État et de l’incompétence de ses administrés… En particulier de ses administrés qualifiés de « couches populaires ». Au XIXème siècle il y avait ce que l’on appelait  des « salles d’asile ». Installées essentiellement dans les villes, c’était des établissements religieux dont le but avoué était « En prenant l'enfant du peuple au berceau, elle a pour but de moraliser, par l'éducation, les classes inférieures, c'est-à-dire, d'affermir, sans secousse et sans bouleversement, la société sur sa base. » rapport d’un inspecteur d’académie en 1883. Eduquer n’a jamais été innocent !

« Nous ne sommes pas des éducateurs » ne cessent de s’égosiller maintenant un certain nombre d’enseignants dits « républicains » quand l’école n’arrive plus à « moraliser ». Les mêmes ne cessaient de proclamer que l’école devait être « un temple » ! Il valait mieux être « prêtre » (les locataires habituels des temples) que « éducateur ».

Bref, on parle beaucoup de nous les parents, surtout quand ça va mal et qu’on a besoin de boucs émissaires.

 

Mais ce phénomène, accentué par les explosions sporadiques des lieux où sont entassés verticalement enfants et parents, pourrait permettre à toute une société de poser les données du problème éducatif, non pas en termes d’enjeux de pouvoirs, qu’ils soient ceux des individus ou de « classes » d’individus, mais en terme d’enjeu de survie de l’espèce. On ne devrait jamais oublier que toutes les espèces sociales doivent assumer collectivement trois fonctions : s’abriter, se nourrir, s’éduquer. Si l’une d’entre elles n’est pas assurée, l’espèce disparaît[iii].

Ce qui ne peut commencer que par une immense interrogation : qu’est-ce qu’éduquer ?

 

 Qu'est-ce qu'éduquer ?

Très curieusement, lors de leurs travaux, les différents ateliers de l’ACEPP ne se sont pas attardés sur  ce que l’on entendait dans le second terme de l’expression « co-éduquer ». Et pourtant une bonne partie de ces ateliers utilisaient des  techniques de travail basées sur l’émergence de mots. Comme si le mot « éduquer » était plus ou moins repoussé dans l’inconscient ou, plus prosaïquement, comme si tout le monde s’accordait sur son sens.  Qu’on se rassure, dans toutes les commissions où l’on cible la parentalité et le parent qui « doit » être éducateur, personne ne signifie jamais ce que cela peut vouloir dire ! En général cela veut dire « Parents, débrouillez-vous pour que vos enfants obéissent et foutent la paix à l’école, dans la rue, dans les quartiers… ! ». L’échec scolaire dont on se préoccupe tant aujourd’hui n’est ennuyeux que lorsque ceux qui sont en échec ne l’acceptent plus ou que l’on ne sait plus où les fourrer (il y a quelques décennies, c’était simple, ils allaient derrière la charrue d’un fermier ou dans une chaîne de l’usine… et ils se taisaient !).

 Pour continuer d’utiliser comme technique d’investigation l’émergence de mots, on peut chercher l’ensemble des synonymes de éduquer. Voilà ce que l’on trouve [iv]:

affiner, apprendre, apprivoiser, civiliser, conduire, cultiver, discipliner, dresser, dégrossir, développer, enseigner, entraîner, exercer, façonner, former, gouverner, guider, habituer, instruire, lettrer, nourrir, policer, polir, préparer, pétrir, soigner, styler, éclairer, élever.

 C’est impressionnant ! D’autant que l’on pourrait en rajouter quelques autres : déformer, contraindre, plier, redresser… Dans tous ces termes il y a l’idée d’un pouvoir qui s’exerce sur « l’éduqué »… pour que celui-ci le soit, le devienne… éduqué !

Dans un atelier  organisé par Robert Caron du Centre de lecture de Nanterre selon la technique des synonymes, autour de l’idée d’éducation, on a retrouvé parmi les synonymes choisis comme significatifs par les participants des mots fort différents comme façonner, guider, préparer, habituer, discipliner, pétrir…

Autrement dit, derrière le mot éduquer, chacun n’y met pas forcément le même contenu. Si en plus on rattache ce contenu à une philosophie ou une idéologie quelconque, les différences s’accentuent et on sait bien que l’on était « éduqué » très différemment si l’on habitait Athènes ou Sparte. Pas étonnant donc que l’on ne s’attarde pas trop sur un terme qui ouvre des champs sémantiques parfois troublants.

Si l’on parle de « co-éduquer », le préfixe « co » implique que l’acte de « éduquer » va s’effectuer « avec ». Ce qui signifie que l’on va être au moins deux à effectuer l’action d’éduquer, parfois simultanément, parfois successivement. Ce qui peut aussi être :  exercer  à deux, ou plus, un  pouvoir sur le sujet, ou, en resserrant sur l’étymologie, à « partager » un pouvoir, un acte, une situation. Ce qui est encore plus curieux, c'est que lorsque l'on parle du substantif  "coéducation" il s'agit alors non plus de l'acte "d'éduquer avec", mais de la situation "d'être éduqué avec". Ainsi la co-éducation c'est généralement lorsque des garçons sont éduqués avec des filles !

 Ces cas de figure se retrouvent bien évidemment dans l’espace familial. Quand les deux titulaires d’un pouvoir, le père et la mère, ont la même notion du signifiant d’éduquer, disons la même idéologie sur l’éducation, en général c’est opérant et l’enfant est soit guidé, soit dressé, soit préparé, soit… Cela se passe moins bien lorsqu’il y a distorsion dans le sens donné au terme, donc lorsqu’il y a des pouvoirs s’exerçant dans des directions opposées. Quand je dis que cela « se passe moins bien », je me garde bien de dire que les enfants seront moins bien éduqués ! Tout simplement parce qu’alors je ne sais pas ce que veut dire le terme « éduquer » pour ceux qui l’exerce et qui n’a, peut-être, rien à voir avec ma propre conception. « Oh !  que ce bambin est bien éduqué ! » veut simplement dire que ce garçon est poli, sans que l’on sache s’il a été dressé ou guidé ou éclairé ou battu ou entraîné… pour cela.

On se rend bien compte que si la maman et le papa n’ont pas besoin de faire un atelier ou des séminaires de réflexion pour savoir s’ils sont sur la même ligne idéologique et comment ils vont appliquer le pouvoir qu’ils ont (et qu’ils ont le devoir de prendre, sinon il s’agirait alors d’abandon de responsabilité), il n’en est pas de même quand, volontairement, des parents et des professionnels vont se retrouver ensemble et simultanément « éducateurs » du même enfant ! Même successivement (dans les structures où les parents n’interviennent pas), il est évident qu’on ne pourra pas empêcher les uns et les autres d’avoir leur conception de « l’éducation » et on ne pourra pas empêcher qu’il y ait alors des différences conceptuelles et idéologiques plus ou moins grandes. Il n’est pas besoin d’être diplômé de psychologie ou de sciences de l’éducation pour imaginer les heurts, l’ambiance… et le profit de l’enfant au milieu de tout cela.

Les enseignants n’ont pas tout à fait tort quand ils se refusent à être des « éducateurs », tout au moins si on reste dans cette conception de ce que peut être l’éducation. Bien qu’ils n’hésitent pas à basculer sur le plan de la morale quand cela les arrange… donc de tomber dans le champ de l’éducation tel on l’entend habituellement. Mais je n’hésite pas à dire aussi que c’est tout aussi impossible, dans cette vison, pour les crèches parentales ! Comment partager alors idéologie et… pouvoir (pouvoir sur l’enfant, pouvoir sur l’organisation…) ?

Les professionnelles des crèches municipales qui considéraient, lors du forum de l’ARPPE, qu’il était impossible que les enfants tirent profit d’une telle cohabitation, n’avaient pas tort… si l’on en reste aux représentations habituelles. Ce qui m’avait frappé, c’est que face à ces affirmations, les professionnelles et les parents des crèches parentales n’avaient pas trop su quoi répondre.  Nous en sommes au point où, instinctivement ou intuitivement, ceux qui vivent les crèches parentales ressentent l’intérêt de cette cohabitation de pouvoirs et de présence, sans en connaître les raisons, mais en en vivant les difficultés (vous avez remarqué que j’ai remplacé le terme de co-éduquer par celui de co-habiter !) L’essentiel d’ailleurs du travail des ateliers a consisté à chercher ce qui pourrait atténuer, arrondir, empêcher ce qu’induit naturellement un partage de pouvoirs. Le mot « confiance » ou les expressions comme « partager des valeurs » reviennent le plus souvent comme des incantations qui soulignent la conscience du problème posé, sans les solutionner. Peut-être parce qu’il est alors mal posé.

Cela fait longtemps que l’ACEPP est interpellé et s’interpelle sur l’espèce de quadrature du cercle sur laquelle elle s’est fondée (collectifs enfants, parents, professionnels). Et si elle s’est engagée si à fond sur le thème de « l’accueil de la diversité » ce n’est pas par hasard. Cette « diversité » elle est essentiellement celle des modes de vie, des croyances, des traditions, bien sûr des religions, ensemble qui est traduit, à mon avis faussement, par « conception éducative ». Je ne pense pas que le problème ainsi traité soit le problème central. Ce d’autant qu’il n’aborde alors que les façons de rendre des oppositions supportables et les manières d’obtenir un consensus ou un modus vivendi. Je n’ai certes pas dit que c’était inintéressant ou inutile.  Mais c’est aborder la question essentiellement sous l’angle des pouvoirs de l’adulte sur l’enfant et le collectif d’enfants. On reste alors dans la vision où éduquer est uniquement « agir sur l’autre ». Non seulement dans le sens adultes>enfant, mais aussi dans le sens professionnels>parents : lorsque l'on doit "accueillir" une diversité, il est bien sous-entendu que celui qui accueille la diversité des autres est le professionnel.

On ne peut donc parler de coéducation si on ne trouve pas d’abord le terrain commun sur lequel des adultes de nature différente et aux fonctions ou aux rôles différents vont avoir à s’accorder et à opérer.

On peut alors poser la question ainsi : qu’est-ce que l’enfant va devoir construire (développer…) et continuer de construire (développer…) dans un lieu qui n’est plus la famille et où vont se retrouver d’autres enfants ? Avec la question corollaire : comment les adultes présents dans cet espace vont pouvoir l’aider dans cette construction ? Dans l’espace « crèche parentale », les adultes présents vont être des professionnels (affectivement extérieurs à l’enfant) et des parents (faisant partie du monde affectif et de l’environnement initial de l’enfant). Nous changeons de termes, nous quittons alors les champs des convictions ou des croyances. Nous quittons le champ du partage de pouvoirs pour aller dans celui des solutions à trouver dans ce qui n'est plus un compromis mais un consensus.

Qu’est-ce que l’enfant construit, et doit nécessairement construire, que ce soit dans l’espace familial ou l’espace crèche ? j’ai résumé cela sous le terme « langages » [v]. La parole ou la marche ou la nage… sont des langages parce que se sont des outils qui se construisent de la même façon par interaction avec l’environnement (physique et humain) et qui permettent d’appréhender, d’évoluer, de vivre dans cet environnement tout en agissant sur lui. Si l’enfant ne se construit pas tous ses langages, corporels ou intellectuels, il ne pourra vivre dans son environnement, qu’il s’appelle famille ou société, rue ou école, jardin ou atelier…

Il est bien difficile d’être en désaccord par exemple sur le fait que l’enfant doit finir par marcher sur ses deux pattes ! où qu’il doit parler français si son environnement est en France, papou si son environnement est en Papousie etc. Et Victor de l’Aveyron, élevé dans un environnement loup, parlait loup et marchait loup !

 

Co-habiter et co-gérer un espace commun

Voilà, nous sommes enfin dans un espace commun qui ne devrait poser alors, par lui-même, plus de problèmes de pouvoirs, de préséances, de croyances, de convictions aux différents acteurs. Eduquer se condense alors dans le terme « aider », qui, comme par hasard, n’est pas cité comme synonyme de éduquer (comme aussi soutenir, accompagner, permettre, favoriser, rendre possible… qui n’impliquent pas une idée de pouvoir sur l’autre) ! Quand la maman aide son enfant à balbutier ou à marcher à quatre pattes, ce n’est bien sûr pas une éducatrice !

 

La coéducation alors se résume à une cohabitation ou des adultes aux fonctions différentes doivent aider ensemble l’enfant dans un lieu où il y a d’autres enfants !

Le véritable éducateur est alors l’environnement[vi] sur lequel les uns et les autres peuvent alors exercer un pouvoir (déplacer des tables, faire venir un clown, fixer l’heure des repas, créer un coin peinture, aider des enfants à patauger...) qui ne s’exerce plus alors sur des sujets et qui devient du coup plus neutre donc plus facilement partageable, discutable, critiquable.

La coopération (exit la coéducation !) peut s’exercer alors à partir des compétences reconnues de chaque partie.

Ce qui qualifie les professionnels, c’est que, a priori, ils sont dépositaires des derniers savoirs connus concernant le développement de l’enfant (que ce soit des langages corporels dits psycho-moteurs, sociaux comme la parole, plus individuels comme ce qui concerne l’expression ou la création …). La qualification d’un EJE est essentiellement dans la récupération de ces savoirs à partir de laquelle ses propositions et actions seront légitimées. Et aussi dans leur actualisation, on sait que les sciences humaines avancent très vite depuis quelques années.

Ce qui qualifie le parent comme « éducateur », c’est que, absent ou présent, il fait partie de l’environnement le plus proche de l’enfant, quelle que soit son attitude. Le fait qu’il ne soit pas totalement exclus de l’espace crèche parental, et qu’il ne doive pas l’être, devient beaucoup plus compréhensible.  Le parent représente alors une continuité de l’espace de construction de l’enfant. Or on sait que le développement de l’enfant… et d’une manière plus large de la personne, consiste en une extension de ses cercles de représentation, d’évolution, d’adaptation et jamais une rupture en des cercles différents qui coupent la personne en morceaux. En étant parfois présent dans le nouvel environnement de l’enfant et en participant à son organisation et son aménagement, le parent assure, même involontairement, l’indispensable continuité de l’espace d’évolution. Il arrivera probablement un temps où les professionnels, au lieu d’accepter comme une contrainte la présence des parents dans l’espace, dans l’élaboration des stratégies, dans leur mise en œuvre, cette présence ils la réclameront comme une nécessité… éducative[vii].

Nous sommes dans ce qui différencie vraiment les crèches parentales des autres espaces institutionnels (y compris l’école maternelle). Les premières constituent un espace que l’on peut considérer soit dans le prolongement de l’espace familiale, soit disposant d’une intersection avec l’espace familial (et les espaces du voisinage, de la rue pour les plus grands), les seconds constituent des espaces résolument coupés, et souvent soigneusement coupés, des autres espaces de vie de l’enfant[viii]. La prolongation ou l’intersection des espaces, c’est le parent qui l’assure dans les crèches parentales.

Partiellement, à un moment, professionnels et parents sont simultanément présents dans le même espace de l’enfant. C’est dans ce fait que, pour les crèches parentales, le préfixe « co » a vraiment du sens. Quand dans un des ateliers du forum de l'ARPPE on parlait de l’implication des parents, il ne faisait de doute pour personne qu’il s’agissait essentiellement de l’implication physique du parent dans le lieu collectif. De même ce qui trouble les professionnels ou enseignants des lieux plus institutionnels, c’est bien cette présence physique, beaucoup plus que ce que le parent pourrait faire ou ne pas faire.

 Si professionnels et parents ne considèrent pas comme fondamentalement « éducatif » la présence de l’enfant dans un environnement qui prolonge et étend l’environnement original familial, il n’y a pas de co-éducation possible.

La coopération, et du coup l’implication du parent, va être dans les co-décisions sur ce qui va favoriser l’environnement en regard de ce que l’on sait sur le développement de l’enfant, dans l’organisation de la place que chacun peut y prendre.

Vous me direz cela ne change pas grand chose ! Et pourtant si : il ne s’agit plus de ce que l’on doit faire « sur » l’enfant ! les actes dont l’enfant, individuellement, est directement la cible, sont eux relativement réduits (ils sont énoncés dans tous les projets ou règlements intérieurs) et ne prêtent généralement pas beaucoup à conflit : si un parent pense qu’il est nécessaire de talocher les mômes, il peut le penser mais il ne peut faire autre chose que d’accepter l’interdiction de la violence. Il est même fort probable qu’il cesse de le penser s’il est impliqué dans l’espace collectif[ix]. Si la crèche est alors éducative aux parents c’est encore dans l’idée de l’interaction avec l’environnement. Comme nous l’avons souligné en note, il s’agit bien sûr de l’environnement physique et humain de l’espace collectif organisé comme un système vivant. Les interactions qui ont lieu alors entre les éléments de ce système jouent un rôle, que l’on peut appeler éducatif, aussi bien sur l’évolution des enfants que sur l’évolution des adultes, professionnels compris, qui font partie de ce système.

 

La coéducation, c’est alors ce que l’on peut faire sur l’environnement et comment chacun peut être dans cet environnement.

Nous avons un espace appartenant habituellement aux professionnels que les parents devront s’approprier partiellement sans avoir à la conquérir et que les professionnels devront en partie partager sans se désapproprier. L’enjeu du pouvoir n’est plus l’enfant mais son espace.

Ce déplacement est important parce qu’il vide en partie la coéducation de sa partie fortement affective au moins quant à sa mise en place. Encore, à mon sens, un malentendu qui pèse sur l’éducation en général : l’importance de l’affect a été soulignée par les éducateurs ou chercheurs dès le début du siècle passée. Mais sa reconnaissance date surtout des années 70 où on la découvrait vraiment. Françoise Dolto en a été une des principales vulgarisatrice. Mais, si aucun apprentissage, aucune construction de l’enfant ne peut se faire hors de son affect, celles et ceux qui doivent organiser les conditions du développement de l’enfant, agir sur elles, doivent, pour ce faire, se dégager le plus possible de l’affect. Je ne parle pas évidemment des relations duelles qui font partie des interactions dans lesquelles sont mêlés les adultes comme partie eux aussi de l’environnement. Encore que leur réactions affectives, s’ils sont éducateurs, doivent être maîtrisées.

Or la co-éducation est très souvent perçue sous son angle essentiellement affectif. Il suffit de lire le résumé diffusé par l’ACEPP suite aux ateliers de son Assemblée Générale : « c’est la richesse humaine, la confiance », « c’est partager des valeurs, du bonheur… », « c’est le projet de tous… », « c’est se faire confiance… », « c’est vivre ensemble, être heureux ensemble »…

Aussi bien dans les ateliers ACEPP que dans le forum de l’ARPPE, lorsque l’on a abordé la co-éducation il a surtout été question… du parent, parfois du professionnel. Une professionnelle des crèches municipales l’a fort bien souligné : « Je vois très bien l’intérêt des parents, même si cela surprend puisque s’ils ont besoin d’un lieu d’accueil, c’est justement parce qu’ils devraient pouvoir disposer de leur temps par ailleurs. Mais où est l’intérêt de l’enfant ? ».

Des interventions de parents lors des séances plénières l’ont aussi amplement mis en avant : « C’est difficile l’implication du parent, mais quel plaisir, on aurait même du mal à nous en passer. ». La crèche parentale devient un lieu d’échanges, de paroles, de révélation, de reconnaissance et d’existence… pour le parent. C’est certainement la plus grande force de ces lieux atypiques.

Il est facile de comprendre cela. Il est même assez facile de comprendre que l’épanouissement des parents est un point capital pour… l’épanouissement de l’enfant.  Mais c’est insuffisant pour justifier et défendre une structure quant à son objet initial : l’enfant.

 Le problème de la co-éducation, tel il se présente dans les crèches parentales, a besoin d’être abordé de façon plus profonde et ne peut se contenter de la façon dont doivent être gérés des rapports entre adultes d’une même organisation si l’on ne sait pas pourquoi et dans quelles conditions cette organisation doit être mise en place, à quels critères elle doit répondre. Tous les autres problèmes dépendent de cela.

Les crèches parentales ont été fondées sur des aspirations citoyennes (faisons nous-mêmes ce que nous croyons juste ou bien), sur des aspirations éducatives (on estimait que les enfants avaient besoin d’autres choses que ce qu’offraient les institutions d’alors). Le partage parents/professionnels s’est effectué presque involontairement. C’est devenu un état de fait (comme le multiâge), allant de soi, voire parfois une obligation statutaire.

Nous arrivons au stade où l’intérêt de ce partage et ce qui l’étaie doit être explicité. Comme nous l’avons dit, il y a maintenant peu de différences entre les principes pédagogiques qui guident les professionnels des différents types de structures, en particulier depuis que la formation est la même pour tous. La question brutale d’un participant « Est-ce que ça vaut vraiment la peine de s’embêter ainsi à vouloir être parental ? » appelle une autre réponse ou une réponse plus large que le seul épanouissement d’une partie des parents. Le travail sur ce que l’on a appelé la coéducation est donc devenu très important et doit être entrepris par les acteurs eux-mêmes[x].

Bué, Novembre 2005

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[i] Association des Collectifs Enfants Parents Professionnels (fédération des crèches parentales)

[ii] Association des crèches et lieux d’accueil parentaux du département du Cher.

[iii] De nombreux chercheurs travaillent depuis quelques années sur les modes de transmissions des « savoirs » chez les insectes sociaux (abeilles, fourmis, termites) et il apparaît déjà comme quasi certain que tous leurs « savoirs » ne relèvent pas de l’acquis génétique.

[iv] Dictionnaire des synonymes : http://elsap1.unicaen.fr/dicosyn.html

[v] « Du taylorisme scolaire à un système éducatif vivant » page 44… édition Odilon ou extraits : http://perso.wanadoo.fr/b.collot/b.collot/

[vi] En réalité, ce sont les systèmes vivants dans lesquels sont inclus les personnes qui sont « éducatifs ». Ainsi on peut considérer la famille comme un système vivant, correspondant aux critères qui qualifient tous les systèmes vivants, qu’ils soient cellule, organes, personnes ou groupes de personnes. C’est donc la crèche, considérée comme un système vivant, qui constitue le milieu agissant sur l’évolution des enfants. Cette approche éducative fait l’objet des travaux des Centres de Recherches des Petites Structures et de la Communication.

[vii] Pour ma part, c’est ce que j’ai fait dans l’espace qui suit la crèche, l’école primaire.

[viii] Il s’agit de la caractéristique essentielle des crèches parentales (prolongation de l’espace familiale, intersection entre espaces) que l’on peut considérer comme un fondement d’où découlent des pratiques différentes. La « pédagogie » n’est qu’une conséquence de cet espace particulier auquel il faut alors que les professionnels et les parents s’adaptent. Ce qui mérite être observé et étudié, ce sont les effets induits par l’espace plus que les effets induits par une pédagogie qui, au niveau de la petite enfance, n’offre pas de différence sensible dans ses fondements avec celles pratiquées dans d’autres espaces.

[ix] Je l’ai constaté d’une façon systématique dans l’espace scolaire quand on ouvre cet espace aux parents de la même façon que dans les crèches parentales.

[x] Je suis en train de constituer un groupe de recherche mixte (parents/professionnels) sous l’égide et suivant les modalités méthodologiques des CREPSC.

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