Qu'est-ce que l'autonomie ?

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L'autonomie. Quel sens ?

L’autonomie, une notion philosophique, politique. Au sens littéral, autonomie signifie le droit pour un État ou pour une personne de se régir d’après ses propres lois. Les historiens grecs l’ont souvent rapprochée d’autarcie ou de suffisance. Pour Aristote qui l’applique aux individus, elle concerne l’objet qu’ils visent dans la recherche… du bonheur !

Pour les Stoïciens, l’autonomie du sujet se situe au niveau du jugement , si l’on entend ainsi la capacité de prévoir et la capacité de choisir.

À partir de cette double capacité, chacun peut construire sa propre personnalité, qui constitue le dernier et le plus solide retranchement, le for intérieur. Ayant ainsi conquis la libre disposition de soi, le sujet, selon Épictète, ne prend ses consignes et ne rend de comptes qu’à lui-même : il est donc, au sens littéral, autonome .

Contrepartie de la sagesse, elle n’est accessible qu’à celui qui a reconnu à la fois la liaison rigoureuse de toutes les parties de l’univers, l’enchaînement nécessaire des événements qui le concernent personnellement et la valeur irréductible du jugement individuel.

C’est pourquoi, selon un paradoxe où les stoïciens récupèrent un des enseignements de la pensée classique, la souveraineté, c’est-à-dire la capacité de décider et de commander sans avoir à rendre compte à une instance supérieure, ne réside pas dans la domination, c’est-à-dire dans la contrainte efficace exercée par les autorités constituées, mais dans la sagesse, c’est-à-dire dans la distinction du Bien (la liberté du sage) et du Mal (l’esclavage des passions).

La vertu ou la sagesse selon les Stoïciens prennent leur forme la plus haute lorsque l’individu est libre. “ Je suis libre, écrit Épictète, et ami de Dieu, afin de lui obéir volontairement et de bon gré : et il me faut ne m’incliner devant personne ni ne céder à aucun événement. ” Cette liberté se caractérise donc par l’antithèse de l’indépendance vis-à-vis des autres hommes et des contraintes qu’ils prétendent exercer sur moi – tel est le fond de l’attitude du Stoïcien vis-à-vis du tyran, ou plus généralement des autorités – et l’obéissance vis-à-vis de Dieu. Quant à ce Dieu, il est important de remarquer qu’il est souvent pris comme synonyme de la “loi naturelle”, c’est-à-dire, par opposition aux conventions et à l’arbitraire des lois de la société.

Pour KANT l’autonomie s’attache au processus dont la loi est issu.. et à l’obéissance à cette loi. Raisonnement un peu ambiguë quand Kant demande à l’individu de distinguer les bonnes des mauvaises lois ! L’autonomie apparaît alors non plus seulement comme la capacité d’agir selon la loi mais de se donner à soi-même sa propre loi.

Autonomie et loi, autonomie et contraintes, paradoxe dont naît l’individu social. Pour ROUSSEAU l’autonomie n’est plus un état de suffisance que le sage tout seul serait capable d’atteindre, en obéissant à la loi de la nature ; c’est un idéal qui doit être la règle de tous, dans la mesure où elle est voulue solidairement, et reconnue par chacun comme l’expression de notre liberté la plus intime et la plus essentielle.

L’histoire de la notion d’autonomie en fait apparaître l’extrême instabilité : être autonome, est-ce la même chose qu’être indépendant ? Et quelle est la nature de cette loi qui assure à la fois notre obéissance et notre liberté ?

Au niveau politique elle aboutit à une grande diversité de structures, du micro-état au fédéralisme en passant par le régionalisme, la “décentralisation”… Peu étant ou restant satisfaisante peut-être simplement parce chaque fois la loi, faites d’abord par et pour la collectivité, devient un carcan, l’obéissance n’ayant d’autre but que le maintien du carcan pour lui-même.

On retrouve autonomie et loi dans le fondement de certaines pédagogies avec les mêmes dérives qu’en… politique. Dans la pédagogie coopérative de Barthélémy PROFIT, la loi qui régit la classe est la projection de la loi (la République) qui régit les adultes. L’autonomie qu’elle permet ou même oblige n’est que celle qui est prévue par la loi. Dans la pédagogie institutionnelle (Fernand OURY), la loi est bien forgée par les individus et le groupe au fur et à mesure des incidents, problèmes ou nécessités que posent l’autonomie de chacun. La loi alors permet et limite l’autonomie. Mais, dans son excessive souveraineté, la loi peut alors briser la conquête même d’une autonomie plus avancée.

L’autonomie reste la clef de toute pédagogie nouvelle, même si cette notion n’est pas annoncée comme son fondement. Elle reste également la clef de toute construction sociale ou politique, de toute révolution. Du fait même de la caractéristique de l’espèce humaine, espèce qui ne peut survivre que sociale, elle est au cœur de la recherche de l’harmonie, de l’équilibre… comme l’avait déjà perçu Aristote, du bonheur.

B.Collot

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