La question de l’accueil
La question de l’accueil, c’est celle de la disponibilité des enfants à l’école qui se trouve essentiellement corrélée à la disponibilité des parents à l’école. C’est une question centrale de la mise en sécurité des enfants et des parents. Sécurité physique bien sur, mais sécurité affective avant tout.
La précarité économique va souvent de pair avec la précarité sociale.
Les personnes qui sont en insécurité sociale ne peuvent seulement recevoir de l’institution un accueil poli de ses représentants. Ça n’est pas suffisant. Ils doivent veiller à offrir plus de lien par une attitude, un regard, une parole encourageante au sujet d’un enfant, par la saisie d’opportunités qui vont offrir un désir d’échanges, un désir de rencontre.
Je pense que l’accueil ne se résume pas non plus à des actions telles que l’organisation de repas « ethniques », ou bien de projets autour du conte africain, danse malgache etc…
On ne crée pas d’identité sur une reconnaissance culturelle si, dans l’environnement ordinaire et quotidien de l’école, on « descend » le travail d’un enfant en difficulté scolaire, ou on stigmatise une inconséquence éducative de parents.
Il n’y a pas de spécificités culturelles. Il n’y a pas de spécificités communautaires. Il n’y a pas de spécificités sociologiques. Du moins à l’école. Il y a un groupe constitué de personnes dont le lien commun est la fréquentation de leur enfant dans la même école.
Catégories et communautés :
On peut constater que les familles les plus en difficultés sont très fréquemment françaises de souche.
Qu’est-ce qui les rend si singulière dans leurs difficultés rencontrées, qu’est-ce qui rend leur misère si repérable au point qu’il serait tentant de les mettre dans une catégorie ?
C’est la solitude, c’est l’isolement, l’absence de réseaux d’échanges, c’est la spirale de la reproduction de gestes et de comportements en autoréférence qui nécrose le milieu familial dans son essence. Des grands-parents aux petits enfants, ils reproduisent ce dont ils disposent de seules expériences. Ils tournent en rond jusqu’à épuisement du milieu. D’une écologie familiale nait une catégorie de misère sociale.
Les communautés étrangères se nourrissent de leurs réseaux, d’une certaine diversité identitaire, d’une nécessaire adaptation à un nouvel environnement et de leurs voyages occasionnels au pays.
Mais la réalité n’est pas là où on voudrait qu’elle soit.
La question de l’identité, question centrale, c’est la reconnaissance de cette identité.
L’école accueille des individus et non des communautés, des catégories.
À l’école, certains problèmes qui sont en lien avec une religion, une tradition, une langue, du moins en apparence, sont totalement anecdotiques. Ce qui distingue entre eux les individus c’est leur rapport aux autres.
Au-delà, il y a, au sein de l’école, des nécessités sociales, des interactions qui vont naître de la présence ou non d’une certaine liberté d’expression, des interrelations qui vont se créer par la présence de temps institutionnalisés et par la disponibilité des enseignants.
Les parents :
L’accueil, c’est reconnaître, et donc admettre la capacité pour chaque parent de participer à la vie de l’école.
L’accueil, c’est, pour l’école, la capacité d’accueillir la parole de chaque parent, c’est accepter une grande hétérogénéité de points de vue et de comportements, c’est admettre que toutes les paroles exprimées sont valables.
La question renvoie dans un premier temps à des conditions formelles d’accueil :
· Les parents peuvent-ils raisonnablement entrer et accompagner leur enfant dans l’école ?
· Peuvent-ils raisonnablement entrer dans l’école pour accueillir leur enfant aux sorties ?
· Où, le matin, la rencontre se fait-elle entre parents et enseignants ? et le soir ?
· Comment les parents circulent-ils dans l’école ?
· Au cours de l’année, quelles sont les modalités de rencontre avec les parents ? Combien de fois ? Pour quoi ?
· Comment les parents participent-t-il à la vie de l’école en dehors des temps obligatoires institutionnel ?
· Quelles sont les formes participatives existantes au sein de l’école ?
· Y a t il des formes d’échanges ou de partages de savoirs entre parents et enfants ?
· Qui participe à la réflexion ainsi qu’aux prises de décisions concernant le fonctionnement de l’école ?
· Comment s’élaborent les règles de fonctionnement ?
· Comment s’effectue la communication auprès des parents ?
· Qui la diffuse ? Sous quelle forme ?
· L’attention est-elle suffisamment portée auprès des familles les plus fragiles afin de les aider à participer à la vie de l’école ? Si oui, comment ?
Dans une étude récente sur « le climat dans les écoles primaires» (Georges Fotinos, édition MGEN), il apparait très clairement qu’un véritable partenariat éducatif avec les parents conduit à une amélioration du climat scolaire de l’établissement. « Tous les exemples le démontrent, et cette étude le confirme : une coopération voulue, dynamique et solidaire avec les parents d’élèves est un des vecteurs les plus porteurs d’amélioration d’un climat d’établissement. »
Cette même étude confirme ce que certains enseignants ont pu observer dans leur école :
Ce qui permet d’établir un climat favorable au sein de l’école, c’est « le développement, ou dans certains cas la création du caractère attractif et rassurant de l’école. »
Dans le dernier ouvrage d’Eric Debarbieux sur la violence scolaire (« violence scolaire : un défi mondial », édition Dunot), ce dernier constate que les établissements de type Z.E.P. où la violence est signalée à un niveau très bas, les facteurs qui semblent conditionner ce constat sont les mêmes que ceux énoncés par Fotinos : Quand il y a homogénéité des actions pédagogiques dont les formes privilégient la coopération, quand il y a une approche partagée des pratiques éducatives, quand il y a participation des élèves à la construction et l’application de la loi, au fonctionnement de l’établissement, quand il y a un réel partenariat avec les parents, les établissements dit sensibles deviennent peu sensibles à la violence. Tout cela relève de la nécessaire mise en sécurité des personnes qui rend possible la cohabitation entre pairs, favorise la coopération, bref, qui rend possible la rencontre. Ne plus avoir peur de l’autre en reconnaissant son identité.
Et l’accueil des enfants ?
Tant à dire, tant à écrire. Dans un premier temps, essayer dans certaines des phrases ci-dessus de remplacer « parents » par « enfants ».
Ps : quand on représente un collège sous la forme d’un blockhaus, la représentation qui en émerge est de l’ordre du carcéral et révèle l’état des modes de communication qui y règnent. C’est tout le contraire de ce qu’affirmait son représentant.
Le collège c’est l’enfermement, on ne peut y entrer ni en sortir librement, les règles relèvent de l’autorité militaire, c'est-à-dire qu’il n’y a pas à discuter, il n’y a qu’à obéir.
Qui peut prétendre qu’on est en sécurité dans un blockhaus. Au contraire, il indique un état de guerre. Un sentiment de grande insécurité. Quand on représente un collège comme ça, c’est comme ça qu’on le voit, c’est comme ça qu’on le vit.
J’ai trouvé stupéfiante cette interprétation spécieuse selon laquelle il s’agirait de l’expression d’une demande de sécurité des élèves.
Au demeurant il est toujours très artificiel et très démagogique de demander à des élèves de représenter leur école idéale, parce qu’on ne peut imaginer raisonnablement ce qui est en dehors du champ de l’expérience. Ce type de demande ne peut faire émerger des propositions intéressantes que si, au sein de l’établissement scolaire, il existe déjà des espaces et des temps d’expressions libres, des espaces de discussion et de prise de décisions pour les élèves. Ces espaces et ces temps doivent être inscrits dans la permanence.