Le cas K.

 

 

Monsieur K. était un enseignant expérimenté qui répondait avec diligence aux désirs de sa hiérarchie ainsi qu’à ceux des parents d’élève. Une telle unanimité faisait l’admiration de ses collègues et nourrissait chez lui une discrète fierté.

 

Ce vendredi matin ressemblait aux nombreux vendredis qui avaient jalonnés sa déjà longue carrière.

Il était 8h05 quand le Maître inscrivit sur le tableau, sous la date : « dictée ».

Vers 8h25, il se rendit dans la cour de récréation pour saluer ses collègues de service de surveillance et d’accueil.

A 8h30, quand la sonnerie retentit, monsieur K. était planté devant l’emplacement réservé à sa classe.

Il jeta un regard scrutateur sur l’alignement que formaient ses élèves. Il rappela à l’ordre les rares têtes  qui dépassaient .

   - Allez-y… 

Le groupe d’élèves se dirigea en rang vers la classe.

Les enfants s’installèrent en silence et attendirent que le Maître les invite à sortir leur cahier de dictée.

Monsieur K. ramassa quelques cotisations pour la coopérative et fit l’appel pour la cantine.

A la demande du Maître, les enfants préparèrent leur cahier de dictée.

Le dernier stylo posé, monsieur K. débuta la lecture d’un extrait de « la chèvre de monsieur Seguin ».

Ensuite, il rappela à ses élèves la vigilance nécessaire à la réussite de ce qui était le point d’orgue des apprentissages, l’activité majuscule d’une semaine bien remplie.

La dictée achevée, Thomas, qui se trouvait près de la porte, au fond de la classe, fondit en larmes.

Monsieur K. savait que l’orthographe n’était pas le fort de Thomas qui commettait régulièrement  25 à 30 fautes dans chacune de ses dictées.

   - Pourquoi pleures-tu Thomas ?

   - …. 

Les pleurs redoublèrent.

- Bon sang, dis-moi ce qui se passe ! 

Le ton du maître devint menaçant.

    -  J’ai fait caca…, réussit à dire Thomas, suivi d’un énorme sanglot. 

    - C’est pas vrai ! Tu ne pouvais pas le dire avant ? 

 

L’incident fut clôt grâce à la bienveillance d’une collègue de monsieur K. qui emmena Thomas aux toilettes pour se nettoyer. Des affaires de rechanges lui furent prêtées.

 

C’était une rude journée pour la classe. Les vacances de Noël approchant, la valse des contrôles débutait et n’allait s’arrêter que quelques jours avant la remise des livrets.

L’heure suivante était consacrée à un contrôle de mathématique.

Peu avant la récréation, le Maître ramassa les copies.

7 élèves avaient déféqué, 10 avaient uriné et 8 autres étaient restés propres avec toutefois des besoins de passage aux toilettes qui variaient d’un enfant à l’autre.

Le lundi suivant, le phénomène se répéta pour les 2 contrôles prévus.

 

Monsieur K. s’aperçut de l’étrange corrélation qu’il y avait entre les « accidents de commission » et le niveau de réussite des enfants.

Les psychologues qui  étudièrent  le phénomène parlaient de régression cognitive.

 

A chaque nouvelle compétence objectivée, les enfants faisaient une régression trouvant sa résolution dans l’acquisition de la compétence. Seul problème de taille pour monsieur K, ses élèves n’étaient pas propres au même moment.

 

Monsieur K. comprit qu’à compter de ce vendredi si particulier il ne pourrait plus enseigner comme avant. (retour sommaire chronique)