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Chroniques d'une école du 3ème type - Tome 3

Conversations décousues

310 pages, dépôt légal, novembre 2012
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Tout enseignant, tout éducateur est nécessairement un chercheur. Les enseignants des Centres de Recherches des Petites Structures et de la Communication (CREPSC) ont échangé pendant des années des dizaines de milliers de messages.
Dans la suite de « la fabuleuse aventure de la communication », c’est parmi un petit millier de ces messages sauvegardés que l’auteur a extirpé ce qu’il appelle « des conversations décousues ». Décousues parce qu’à partir d’un événement, d’un fait relaté, chaque fois elles emmènent ces « chercheurs » dans le domaine complexe et inattendu de la vie. Mais leur toile recousue est bien l’expression d’une intelligence collective qui se construit peu à peu et ne cesse de se construire.
Ces dialogues d’enseignants qui communiquent quotidiennement ce qui se passe dans leur classe, leurs observations, ce qui résulte de ce qu’ils entreprennent, les réflexions et les hypothèses qu’ils en  tirent et qu’ils soumettent aux autres, les difficultés à résoudre… et aussi leurs surprises, leurs réussites ou plutôt celles des enfants et le plaisir qu’ils en tirent, parfois leur émotion, tout cela montre si nous n’en étions pas encore convaincus que la transformation de l’école doit être très profonde mais possible.
Ils nous font sortir des plaintes habituelles qui rejettent responsabilités et échecs sur les autres, en particulier les enfants. Ils donnent aussi une autre idée du métier d’enseignant qui devrait en passionner beaucoup.
C’est bien dans un laboratoire de recherche que ce livre nous fait pénétrer, un laboratoire complexe de la vie sans chercheurs patentés.

C’est peut-être l’ouvrage le plus pédagogique publié par Bernard COLLOT - JV
Sommaire

- Une conversation de… trente années !
- Jusqu’à s’asseoir sur les programmes ?
- Apprendre dans la structure
Plan de travail, emploi du temps…43
- Intérêt, activité, choix, projets,… pas facile !
- La classe n’est pas faite que de pédagogie
- Ah ! Le bordel !
- MATHEMATIQUES – Délires ?
De la création mathématique aux intelligences multiples. - 128 -
Retour au terrain des maths… pour se retrouver sur celui des manuels
  - 151 -
Et l’on revient à ce qui est pris pour du délire
  - 156 -
Et toujours, les doutes mathématiques
  - 166 -
- De l’abstraction
- Le psy qui nous échappe
- La complexité du frottement des idées qui ne sont pas contradictoires
- Ah ! Les parents !
- Conversations à deux
- Une autre école est-elle utopique ?
- Apprentissages, processus…
- De la pédagogie à la politique
- Méthode naturelle, conduite cybernétique des groupes, systèmes vivants  297
1 7  25   - 59 -  - 83 - - 95 - - 121 -  - 179 -- 183 -  - 193 - - 219 -  - 245 - - 246 -   - 263 -73

EXTRAIT

(...)
Ninon -
(…) Réunion : pour l'instant chez moi, seule la réunion hebdomadaire coopérative est fonctionnelle. Les autres, c'est plus de la perte de temps (?), je ne sais pas faire. Avisss à ceux chez qui ça marche de décortiquer ça pour nous !
Plan de travail : pour l'instant les travaux individuels sont encore « tous en même temps ». Ceux qui sont autonomes et bosseurs me soulagent et je peux être derrière et avec les autres. Mais c'est aussi le nez dans le guidon. Ce matin, ça a dégénéré : pendant que j'aidais à une correction, deux gamins se sont balancés une chaise dans la salle d'à côté, je ne les ai pas vus, c'est la collègue qui est intervenue. Bon, ils n’ont plus le droit de travailler ailleurs que là où je suis... Mais les boules…
J'avais prévu de faire des rendez-vous (un groupe à chaque temps de travail individuel). (…) Je crois que je n'ai toujours pas réussi à le faire parce que quelque chose n'est pas clair pour moi : qui dans quel groupe ? Par classe (alors pourquoi le cycle) ? Par niveaux (jamais les mêmes) ? Par projets (itou) ? Par table (ben pourquoi pas...) ? En plus, j'ai les gamins qui râlent, car on s'était bien calé les travaux individuels, travail sur fichiers... et qu'on est tellement submergés de projets qu'ils n'ont plus le temps de faire... des fiches ortho ! Des fiches lectures ! Des fiches Num/Op ! Je rajoute mes questions aux questions de Cécile ! Et encore une : quel temps pour le passage de brevets dans vos classes ?

Matthieu - Sur la question des réunions, je suis bien content d'entendre d'autres galères ! Chez moi aussi, j'ai peu de rendement en réunion : je crois que c'est parce que ce n'est pas clair dans la tête des gamins : « à quoi ça sert ? ». Donc, à renégocier, à re-présenter…
Question espace, pour moi les affichages posent problème : où peut-on mettre les productions de chacun (y compris les premiers jets) pour qu'on puisse enfin bien les lire ? Je repense perplexe à la description de la classe de Philippe R. où une gamine commence un schéma (à la peinture !) pour résoudre un problème de math, schéma qui est terminé plus tard par une autre élève... comment en arriver là ?
Pour les rendez-vous de groupes, je pense qu'il est intéressant de faire des groupes de « gros parleurs » et de « petits parleurs » : les gros ne gênent pas les petits. Et il y a des bons et des moins bons dans les deux cas, d'où entraide possible. Je tanne la prof d'anglais (trois heures hebdo !) pour qu'elle accepte ces groupes, histoire que je puisse faire ces rendez-vous pendant ses cours (pardon : ses conférences).

BC - « Mais Msieur, pourquoi vous nous embêtez à ne pas vouloir nous embêter ? » : C'est ce que m'avait dit textuellement un enfant de neuf ans dans une classe de la banlieue résidentielle lyonnaise (St-Genis les Oullières) où j'ai passé un an, entre le Beaujolais et le Poitou. Bien sûr que c'est plus simple, voire plus confortable d'avoir des consignes à exécuter, donc d'être embêté. Comme c'est plus simple de faire b a ba.
C'est le « rendement » des réunions de Matthieu qui m'intrigue. Qu'entends-tu par cela ?

Matthieu - Ouiiiiiiiiiii, je saiiiiiiiiiis ! Rendement, rendement ! Je sais que le mot fait vriller les tympans ! Et pourtant, j'aime bien me dire « ils ont bien bossé aujourd'hui ». Donc il y a une histoire de rendement derrière tout ça, non ?
Tiens, ce midi, j'ai demandé à Kenvic s'il avait bien travaillé ce matin. Je savais ce qu'il allait me répondre, vu qu'il a passé le plus clair de son temps à chiper les feuilles, le matériel des autres et que son plan de travail n'avait pas avancé d'un iota depuis hier soir. Alors était-ce la question qui était stérile (il savait pertinemment ce que j'en pensais) ou la réponse puisqu'il m'a fait une réponse convenue, celle qui va (?) adoucir le maître : « Euh, ben, non, j'ai mal travaillé... ».
Rendement, rendement ! Et puis zut ! Moi aussi je suis en plein apprentissage ! Moi aussi je me rassure avec des cadres qui me sont imposés, même s'ils me privent de liberté. Maso ? Non ! Mais parfois un peu moins sur la brèche. Alors on se laisse aller à penser qu'il serait confortable de boucler la sempiternelle programmation de cycle, d'oublier les gamins, de se centrer sur des contenus à faire rentrer de force dans des petites têtes... tout ça est tellement plus facile ! Mine de rien, dans une école de trente classes à niveau unique, la pression est forte ! « Les CE2 ont pas fini l'Antiquité ! »
Rendement, rendement. Je ne sais plus si je parle du mien, de celui de mes élèves, ou d'un truc stupide qui n'a pas sa place. Seulement, c'est difficile de voir des gamins quitter la réunion sans avoir parlé, les mêmes qui me pleuraient dans les braies une demi-heure plus tôt, parce qu'ils avaient besoin d'aide absolument, et qui reviennent me voir une demi-heure après la réunion, avec les mêmes demandes... Est-ce un passage obligé ? Ou dois-je, pour reprendre ton expression Bernard, les embêter avec des consignes pour qu'ils ne se sentent plus embêtés ? Rassurer, épauler, laisser se planter, accompagner, éviter, faire le sourd, alléger le boulot du gamin... tout ça en même temps, il y a de quoi s'y perdre un peu, non ? Mais c'est aussi ça qu'on aime, pas vrai ? 

(...)