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Chroniques d'une école du 3ème Type - Tome 3

La fabuleuse aventure de la communication

200 pages, dépôt légal, juillet 2012
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La communication est l’un des grands piliers de la pédagogie Freinet et c’est le fondement d’une école du 3ème type.

C’est près d’un siècle de ce que l’auteur qualifie « d’aventure fabuleuse » qui est retracé dans cet ouvrage. Au cours de sa seconde moitié, Bernard COLLOT en a été un des principaux acteurs. Il ne fait pas œuvre d’historien mais de témoin engagé.

Il nous fait vivre cette aventure en la faisant débuter en 1920 avec FREINET et DANIEL.

Des premières lettres et imprimés échangés jusqu’aux réseaux télématiques en passant par le journal scolaire, le cinéma, les enregistrements du son, la vidéo, les fax, les voyages échanges…

C’est un long tâtonnement expérimental collectif auquel se sont livrés des enseignants dont on peut dire qu’ils ne manquaient pas d’audace. Chaque avancée, chaque appropriation d’un nouvel outil de communication avait des conséquences sur la transformation des pratiques et de la pédagogie.

Mais ce ne sont pas les technologies qui font la communication. Les histoires que l’auteur conte montrent que c’étaient bien des écoles et des enfants qui étaient devenus communicants. La communication est ce qui fait se construire et exister les individus comme les groupes sociaux. - JV

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Sommaire

Avant-propos                                                                
62 - A l’origine, FREINET et DANIEL                          

63 - Les débuts de la correspondance                 

64 - Le texte libre                                                       

65 - Le journal scolaire                                           

66 - L’image                                               

67 - Le son                                                                  
68 - On s’affiche !                                                         
69 - L’espéranto                                                          

70 - Les BT (bibliothèque de travail)                    

71 - Le premier réseau d’écoles rurales       

72 - Les circuits de correspondance            

73 – Les réseaux télématiques                     

74 - Les voyages échanges                                     

75 - Des histoires de réseau                                  

76 - Entre enseignants                                            

77 - Epilogue… provisoire                                   

EXTRAIT

Antécume Pata et la forêt vierge

Patrice GONIN était instituteur de la classe unique de Haute-Rivoire dans les Monts du Lyonnais. Un jour, il rencontre André COGNAT à la présentation d’un de ces films. André COGNAT, ouvrier lyonnais, était parti vivre en Guyane parmi les Wayana depuis 1961. Il a contribué à médiatiser les problèmes que connaissent les Amérindiens, notamment par ses livres ainsi que par ses interventions dans plusieurs films documentaires ou ethnographiques. Antécume était son nom d'adoption parmi les Wayanas, et il est à l'origine du village d'Antécume-Pata, sur les bords du fleuve Maroni, plus loin de Maripasoula, le poste avancé des autorités françaises. A Antécume-Pata il avait réussi à ce qu’il y ait une école publique et un instituteur, en pleine forêt vierge.

Tous deux discutent beaucoup, et de l’école de Patrice, et de celle d’Antécume. Ils avaient les mêmes idées sur la nécessité de ne pas couper les enfants des écoles de leur milieu, de leur proximité, de leur culture. Lorsqu’André Cognat retourne en Guyane il propose la correspondance avec Haute-Rivoire. Les échanges commencent. Les petits lyonnais découvrent une vie quelque peu étonnante. Les petits guyanais racontent qu’ils vont à l’école en pirogue au milieu des crocodiles, que les filles se marient à 13 ans, etc.

Cela est suffisamment exceptionnel pour que les enfants de Haute-Rivoire répercutent ces lettres dans leur journal hebdomadaire à tout le réseau. Et les guyanais se retrouvent avec des lettres qui viennent de toute part et leurs textes, leurs réponses se trouvent répercutés par d’autres journaux scolaires hebdomadaires. Ils deviennent présents et familiers dans des dizaines d’écoles de France.
Un jour nous lisons à Moussac que leurs papas n’arrivent plus à acheter une herminette, vieil outil de charpentier qui leur permettait de creuser leurs pirogues et depuis belle lurette plus fabriqué. Les journalistes du journal régional la Nouvelle République avaient quelque sympathie pour les enfants de notre école où ils venaient de temps en temps. Les enfants les contactent, leur expliquent le problème de leurs copains amazoniens, ce qui est en soi assez curieux pour un journaliste. Et la Nouvelle République publie un bel article titré « Les enfants de l’école de Moussac cherchent une herminette pour leurs copains de la forêt vierge » ! Les enfants ont immédiatement reçus de nombreux coups de téléphone, quelquefois surprenants : « M’sieur, il y a quelqu’un qui veut nous en vendre une parce qu’il dit que c’est un objet de collection ! Je lui réponds qu’il n’a rien compris ? » Finalement nous avons trouvé un menuisier qui nous en a apporté une et qui de surcroît a passé un moment avec les enfants pour leur expliquer tout ce que l’on faisait avec autrefois, avec démonstration à l’atelier bois… et l’herminette a été envoyée.

Les enfants de Haute-Rivoire eurent une idée saugrenue : pour eux il n’était pas normal que là-bas ils n’aient pas aussi un ordinateur et une imprimante. Patrice GONIN sachant qu’à Antécume il y avait un groupe électrogène, les laissa s’engager dans ce projet. Comment trouver des sous ?
Et germa une étonnante idée de… SCOP enfantine ! Leurs correspondants leur avaient déjà envoyé des colliers faits avec de dents de crocodiles, des graines colorées, des bijoux tressés avec des herbes séchées… qu’ils fabriquaient eux-mêmes. Ils leur proposèrent alors d’en faire beaucoup, eux se chargeraient de les vendre, d’encaisser, puis d’acheter le fameux ordinateur et de le faire amener par André Cognat. L’affaire fut conclue.
A Haute-Rivoire commença alors l’organisation de l’entreprise. Ils firent des prospectus, des tableaux de tarifs, ouvrirent des livres de compte, des registres de commandes… et informèrent toutes les autres écoles du réseau.
Et toutes les écoles se transformèrent en agents commerciaux. Les enfants faisaient de la publicité auprès des parents des voisins, passaient les commandes par messages à Haute-Rivoire, les recevaient, les distribuaient, encaissaient, faisaient leurs propres comptes, envoyaient le chèque aux lyonnais.
Ces bijoux originaux eurent beaucoup de succès… et l’ordinateur a bien été acheté !