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Multi-âge

200 pages, dépôt légal, février 2012
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 L’auteur a été le premier à s’élever contre la suppression des classes uniques en disant qu’au lieu d’être archaïques comme on le prétendait à l’époque, elles étaient au contraire l’école du XXIème siècle. Il l’a largement prouvé avec quelques autres enseignants des Centres de Recherches des Petites Structures et de la Communication (CREPSC).

Mais le multi-âge induit et se situe « radicalement » comme il le dit dans une autre approche de l’école, du système éducatif.

Comme à son habitude, Bernard COLLOT alterne dans cet ouvrage le concret et le plus théorique dans des aller et retour qui s’éclairent. Les textes en grande partie sont ceux de conférences, d’articles écrits à partir de 1989 ou extraits de la revue « Ecole rurale, école nouvelle » qu’il a fondée, dirigée et rédigée pendant une dizaine d’années.

L’école multi-âge est alors bien une autre école qui fait envie, où les problèmes récurrents et insolubles de l’école traditionnelle disparaissent, et qui semble même facile. Un autre monde que l’auteur et ses collègues et amis mettent à la portée. - JV

Extrait

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Sommaire

- Le multi-âge3
- Le multi-âge, un autre monde. 5
- Une journée en classe unique à Moussac. 9
- Une journée en clase unique au Crozet 19
- Une journée en classe unique à l’Aubépin. 25
- Un bijou de classe unique. 29
- "La forêt en chemin" 33
- Construire un vrai bateau. 37
- Construire une vraie "maison-sculpture" 41
- Etre bien ensemble. 45
- Et si tout ça commençait à ressembler un peu à la vie ?. 49
- Ça y est ! On va avoir du temps et de l’espace. 53
- Deux septembre au matin ! Tandis que les murs sèchent ... 55
- C’est chouette la vie en classe unique. 61
- Une journée ordinaire en CM1-CM2 d'école urbaine type ZEP. 67
- L’espace. 71
- Organiser l’espace. 75
- Nous avions besoin d'espace, mais... nous ne le ressentions pas encore.... 79
- Débuter dans une classe multi-âge. 85
- La marche vers l’autonomie. 95
- La base d’une école multi-âge : les projets. 105
- La réunion, clef de voûte de la classe. 109
- Classes uniques urbaines. 119
- Le multi-âge, une approche systémique, un nouveau paradigme encore insupportable. 127
- Le multi-âge c’est avant tout une autre approche de l’acte éducatif 137
- Questions. 157
- De l'introduction du désordre pour la production de l'organisation. 175
- L’école du 3ème type sera radicalement multi-âge. 185

 


Extrait : Débuter dans une classe multi-âge

 « Débarquer » en classe unique cause toujours un choc ! Brutalement tous les repères péniblement acquis au cours de ta formation disparaissent. « Que faire ? Comment m'en sortir ? Où vais-je trouver "la méthode" ? ». « Et puis assumer seul (e) le parcours de ces enfants dont j'ai la charge ! »
C'est un vaste inconnu qui s'ouvre devant toi. Mais c'est aussi un vaste champ expérimental, un immense espace de liberté, l'occasion de changer ta pratique, d'en inventer de nouvelles. L'occasion de faire (enfin) autre chose et surtout de découvrir d'autres choses, en particulier... les enfants. Et ce peut être très facile !
Quelques principes simples, quelques actions simples, quelques trucs ... simples.

Tu as le temps !
Le premier principe indispensable à intégrer (et peut-être le plus difficile) c'est que tu as le temps. Que les enfants ont le temps. Il faut donc oublier dans un premier temps les programmes, les échéances (lecture, 6ème...)... et cela peut très bien durer trois mois sans aucun risque pour les objectifs « scolaires » à atteindre. N’oublie pas que le terme de ces objectifs, qui n’est, actuellement que « suivre au collège », est dans cinq ou six ans pour tous tes petits qui souvent constituent ton plus gros souci avec l’apprentissage de l’écrit !
Rien de positif ne peut se faire tant qu'une organisation ne s'est pas mise en place, des habitudes prises, des rituels établis, une tranquillité instaurée. Inutile de s'affoler au bout de deux mois ou plus si Jean n'a pas encore démarré en lecture alors « qu'à son âge… », si Pierre qui va entrer en 6ème ne maîtrise pas encore les multiplications etc. Les paramètres dont dépendent les apprentissages sont si infinis et si complexes qu'ils continuent à agir à ton insu, même si une évaluation de type scolaire ne met pas forcément en évidence les performances qui concluent tout apprentissage dans notre système éducatif. Tu seras alors surpris(e), au bout de quelques mois, de voir la rapidité de ce qu'on appelle encore leurs "progrès".
En général, on part toujours à l'envers : D'emblée on a à l'esprit les programmes, les compétences à faire acquérir, des dates buttoirs. On se fait un échéancier (quel vilain mot qui rappelle surtout… le carnet de chèques et les dettes !). Et dès le premier jour on agit en fonction de cela... et tout le monde court après le temps ! Alors que rien n'est mis en place... pour que ce temps existe ! Remets donc les choses à leur place : Occupe d'abord ton temps à mettre en place les conditions nécessaires et indispensables pour qu'au bout d'un... certain temps, ce temps n'ait plus d'importance. Ce que tu « dois » faire acquérir s'acquerra en dehors d'un temps prévu, te libérant et libérant les enfants d'une pression qui va à l'encontre de ce que tu cherches. Facile à dire, difficile à vivre les premiers mois.

Partir d’un… point de départ !
Le deuxième principe est qu'il faudra toujours partir d'une situation existante. Ce n'est pas par un coup de baguette magique que tu vas libérer les enfants et te libérer toi-même des représentations qui pèsent sur les comportements de tous ceux qui vivent l'école.
Les enfants attendront que tu leur indiques ce qu'ils doivent faire, les parents que tu apprennes à leurs enfants la même chose et dans le même ordre que ce qui se fait ailleurs, et toi tu n'auras comme références que... tes propres souvenirs.
Tout renverser d'entrée, c'est l'angoisse assurée pour tout le monde. C'est donc à partir de cela, d'une façon générale, que tu démarreras. Et tu feras probablement des choses que tu trouveras ensuite aberrantes (cahiers, exercices... voire même « devoirs », rangées bien alignées, etc.). Mais cela n'a pas d'importance, y compris leur inutilité. Tu t'engages dans une transformation profonde de ce que l'on pourrait appeler un paradigme pédagogique. Autrement dit, tu vas quitter des références connues et prises comme immuables pour t'engager vers un autre monde que, ni toi, ni les parents, ni les enfants ne perçoivent encore. L'abandon du premier ne se fera donc que peu à peu... et simultanément par tous les membres de la communauté école.
Quoi faire alors ?

Une maison... et un garage
S'occuper d'abord de l'aménagement du lieu. J'y ai personnellement passé beaucoup de mon temps. Ce que l'on prend comme secondaire est en réalité essentiel. Faire que l'endroit où un certain nombre de personnes vont vivre ensemble pendant bien plus qu’un an soit un endroit... à vivre. Un rideau, des fleurs, un tapis, un fauteuil, un chat, la cafetière électrique, le coin des jus d'orange, une lampe de chevet, une chaîne hi-fi, la guitare du maître... Mets dans ta classe le maximum de choses qui ne soient pas... scolaires. Ce que l'on met chez soi pour y être bien. Même si les tables sont encore en rang, l'heure de la récréation fixe... tout aura déjà changé ou pourra changer. Le bouquet de fleur aura un rôle beaucoup plus important dans les transformations de la pédagogie que toutes les théories préalables. C'est dans une maison que les enfants et toi devez vivre. Faite de couleurs, d'inutile, d'agréable.
Tu ne vas pas pouvoir aussi t'empêcher de penser au scolaire, disons plutôt à l'éducatif. Alors d'emblée pense que ce qui va servir à des objectifs très professionnels soit le plus possible visible et accessible : Les enfants auront besoin à tout moment du mètre, d'une balance, d'un microscope, du globe, d'une carte, d'une machine à calculer, etc. Il ne faut pas avoir à tout déranger pour aller se servir d'un outil. D'autre part, le simple fait qu'il soit accessible en permanence induit son utilisation. Tu ne peux imaginer par exemple à quel point les enfants (et toi) vont faire de la « science » du simple fait qu'un microscope soit posé en permanence et prêt à l'emploi sur une table ! Si, dès le départ, il y a un ou deux aménagements qui prévoient le déplacement des enfants vers des outils, la première occasion va être immédiatement saisie... et ils (les outils) vont même suggérer des occasions. Après avoir « pensé maison », pense « garage » ou « atelier » !
Chaque fois que j'ai fait cette préparation, c'est en la faisant que me venaient des idées... pédagogiques !

Des actions, des outils structurants.
Tu démarres donc traditionnellement dans un lieu un tout petit peu différent du parallélépipède scolaire habituel. Tu as même un emploi du temps compliqué et savant. Tu sais que tu vas avoir, et les enfants aussi, le plus grand mal à le suivre et à ce qu'il soit efficace. Tant pis. Mais, dans cette organisation du temps, prévois un ou deux moments clefs : (...)