CREPSC (Centres de Recherche des Petites Structures et de la Communication) 

http://marelle.org/petitions/?petition=1

Bernard Collot

POUR UN OBSERVATOIRE DES CLASSES UNIQUES

Les classes uniques sont les derniers établissements publics ordinaires mais atypiques du système éducatif français.
Les pratiques y sont nécessairement plus ou moins différentes. Beaucoup ont été les pionnières de l'introduction des
technologies nouvelles à l'école. Le partenariat de l'école les parents d'élèves et les municipalités y est souvent beaucoup
plus effectif qu'ailleurs.
Les travaux de la Direction de l'Evaluation et de la Prospective du ministère de l'Education nationale ainsi que ceux de
l'Observatoire de l'Ecole rurale ont démontré que ses résultats, contrairement à toute attente, étaient au moins égaux à la
moyenne nationale, voire  supérieurs.
Le multiâge, qui en fait la caractéristique principale, fait l'objet d'expériences remarquées en milieu urbain, en France
comme à l'école Antoine Ballard à la Paillade de Montpellier (10 classes uniques), et dans de nombreux pays étrangers
(en particulier au Canada, aux Etats-Unis, en Norvège...).
Or, en France, ces écoles n'ont jamais fait l'objet d'observations, d'études, pas plus d'ailleurs qu'elles n'ont bénéficié d'une
attention particulière des pouvoirs publics qui s'en sont toujours désintéressés.
L'Etat est en train d'éradiquer systématiquement les seuls établissements publics qui fonctionnent à la satisfaction des
enfants, des parents, des municipalités. Il se prive des seuls établissements dont la réussite mériterait au moins qu'on
s'interroge sur ses causes.
Ce faisant il ne réalise aucune économie, les travaux d'Alain Mingat de l'IREDU (Institut de la
Recherche en Economie de l'Education) ayant démontré que l'éradication des petites écoles ne
correspondait qu'à un transfert de charges.
Ceci est d’autant plus grave et irrationnel que les politiques de restructuration du réseau scolaire commencées avec la
généralisation des RPI n’ont abouti à aucune amélioration constatable et constatée des résultats scolaires, ce au nom de
quoi ils ont été officiellement créés. Si l’on a pu croire que dans la logique tayloriste du système éducatif français ils
devaient être plus efficients, les faits ont démontré le contraire. Dans une approche systémique, cela est par contre
parfaitement explicable et l’a été par les travaux des CREPSC et ceux de chercheurs en France et à l’étranger. En
morcelant encore plus le temps et les espaces de vie de l’enfant, en brisant son unicité, en empêchant que se constitue une
entité territoriale et environnementale autour de l’école et dans laquelle l’enfant évolue et se développe de façon sécure
(village, quartier), en accentuant les causes de fatigues (transports scolaires, augmentation du temps scolaire…), les
processus d’apprentissages sont rendus plus difficiles.
A l’inverse, les méfaits des concentrations scolaires ne cessent d’empirer et d’être visibles.

Il est évident que le multiâge induit d’autres conceptions de l’acte éducatif, d’autres organisations, d’autres pratiques,
d’autres comportements des différents acteurs (y compris des parents). Mais alors que les diverses évaluations nationales
et internationales (PISA) démontrent que les résultats du système éducatif français ne cessent de se dégrader, il devrait
paraître évident qu’une transformation de sa conception s’avère nécessaire. Faire le contraire comme il est fait depuis une
ou deux décennies en accentuant encore les politiques qui ont démontré leur inefficience relève de la fuite en avant
néfaste et irrationnelle.

Nous considérons que la suppression des dernières classes uniques constitue une grave erreur dans la gestion d'un
système éducatif dont on cherche par ailleurs sur quelles bases il pourrait être amélioré.
Se priver ainsi d'un terrain d'observation qui existe depuis des décennies, d'un laboratoire qui ne demande aucun
investissement et dont les acteurs ne sont pas à convaincre, va à l'encontre des principes d'efficacité et de pragmatisme
proclamés par ailleurs.

- Nous demandons que cesse immédiatement l’éradication des classes uniques.
- Nous demandons qu’elles soient protégées et aidées.
- Nous demandons qu’elles soient étudiées, que les pratiques qu’elles induisent fassent partie intégrante de
la formation de tous les enseignants.
- Nous demandons que les conséquences sur la vie sociale et citoyenne de leurs territoires de proximité
soient prises en compte, ne serait-ce que parce qu’en dépendent en grande partie les processus
d’apprentissage.
- Nous demandons qu’elles soient intégrées comme un des éléments d’une nécessaire réflexion sur la
transformation de notre système éducatif.